Entendez-vous les vagues qui balayent la plage ?  Si belle, une sirène nage jusqu’au rivage. Au contact de la terre ferme, la queue de poisson se divise en deux jambes fines qui la projettent dans une discothèque à la mode. Elle les ensorcelle tous par ses danses érotiques. Les feux des projecteurs jouent avec ses formes, révélant et cachant ses atouts par intermittence. Au centre de la piste, cible de tous les regards, son corps de liane enlace les hommes sur des mélopées endiablées. Elle semble glisser au-dessus du sol. La foule est venue se distraire, bavarder, consommer, échanger. C’est la fièvre du samedi soir. 

Ils sont excités 

Ils approchent 

Ils tendent la main 

Ils veulent toucher 

Ils veulent sentir 

Ces pauvres marins 

Echoués à ses pieds 

Ils ont faim 

Ils ont soif

Ils ne sont plus rien 

Rien que l’expression du désir 

Désir de posséder la sirène    Ses cheveux d’écume sur leur torse Leur souffle dans son cou 

Ils sont perdus 

Emportés par l’enchantement 

De ses déhanchements 

Ils n’ont plus d’identité  Ils sont un seul et même sexe  Brandi pour assouvir leurs pulsions 

Sibelle les obsède 

Sibelle les possède 

Elle est l’enchanteresse  Une victime. Puis une autre. Encore une autre. La sirène les inonde de son suc enivrant. Elle coule à flots. Les volontaires se succèdent pour se noyer dans les affres de la volupté. 

Si belle est l’apparition que bon nombre de prétendants retombent impuissants. Si brève est la rencontre que tous croient s’éveiller d’un songe. C’est déjà fini. Il est minuit, l’heure pour la sirène de rejoindre les profondeurs.

 Ils ont quitté le rêve et ne reverront jamais Sibelle. Ange ou démon, la sirène ne répond à aucun appel. C’est elle qui choisit, ou pas, de sortir de la mer pour la danse rituelle…

(extrait de « Monologue de l’ange », Effie Bel)